Réforme institutionnelle : Mamadou Lamine Diallo plaide pour un changement profond de gouvernance
Le leader du mouvement Tekki remet sur la table la question des institutions sénégalaises, estimant que la configuration politique actuelle a révélé ses insuffisances.

Mamadou Lamine Diallo n'a pas mâché ses mots. Dans une publication sur sa page Facebook, le patron du mouvement Tekki a jugé que ce qu'il appelle la «formule Sonko Mooy Diomaye», c'est-à-dire la cohabitation au sommet de l'exécutif entre le Premier ministre Ousmane Sonko et le président Bassirou Diomaye Faye, a montré ses limites après plusieurs mois d'expérimentation. Pour lui, les turbulences politiques récentes ne sont pas le fruit du hasard ; elles traduisent une architecture institutionnelle inadaptée aux exigences d'une gouvernance efficace.
Le constat de Mamadou Lamine Diallo s'inscrit dans un débat qui traverse la classe politique sénégalaise depuis plusieurs décennies. Le Sénégal a connu, depuis son indépendance, des configurations diverses : présidentialisme fort sous Léopold Sédar Senghor et Abdou Diouf, tentative de cohabitation au sein même d'une coalition sous Abdoulaye Wade, puis un régime présidentiel renforcé sous Macky Sall après la suppression du poste de Premier ministre en 2019 avant son rétablissement en 2024. Chaque cycle a ravivé les mêmes interrogations sur l'équilibre des pouvoirs et la lisibilité de l'action gouvernementale.
Ce que pointe Mamadou Lamine Diallo, c'est précisément ce problème de lisibilité. Lorsque deux figures de premier plan occupent des fonctions exécutives majeures, les lignes de responsabilité peuvent se brouiller aux yeux des citoyens comme des partenaires institutionnels. Dans un contexte où le Sénégal fait face à des chantiers économiques et sociaux considérables, cette question de clarté dans le commandement de l'État prend une dimension pratique immédiate, bien au-delà du débat juridique.
L'appel à une réforme institutionnelle n'est pas propre au Sénégal. Plusieurs pays africains traversent des remises en question similaires, cherchant un modèle de gouvernance qui concilie stabilité politique, séparation effective des pouvoirs et ancrage démocratique. Du Bénin au Rwanda, en passant par la Côte d'Ivoire, les architectures constitutionnelles font régulièrement l'objet de révisions, avec des fortunes diverses. Le risque, souligné par les observateurs du continent, est de confondre réforme des institutions et consolidation du pouvoir personnel.
Mamadou Lamine Diallo, ancien député et figure de l'opposition libérale, s'est régulièrement distingué par ses prises de position techniques sur la gouvernance économique et politique. Son intervention relance un débat que ni la majorité ni l'opposition n'ont encore tranché publiquement : faut-il repenser la Constitution sénégalaise pour clarifier les attributions respectives du chef de l'État et du chef du gouvernement ?
La balle est désormais dans le camp des acteurs politiques et de la société civile sénégalaise ; les prochains mois diront si cette interpellation débouchera sur un véritable dialogue national autour des institutions ou restera lettre morte dans le brouhaha de l'actualité quotidienne.
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