Diourbel : le procès d'un maître coranique pour viols présumés s'ouvre enfin
Les audiences s'annoncent décisives, et leur déroulement dira beaucoup sur la volonté réelle du Sénégal de protéger ses enfants, y compris lorsque les faits reprochés impliquent des personnalités jouissant d'une autorité morale reconnue.

Après un premier renvoi en avril, l'affaire du maître coranique accusé d'avoir violé vingt-huit jeunes filles arrive ce lundi 8 juin 2026 devant le Tribunal de grande instance de Diourbel, en audience spéciale. Un procès que les défenseurs des droits humains attendaient avec impatience.
Seydi Gassama, directeur exécutif d'Amnesty International Sénégal, a confirmé la tenue de cette audience. L'affaire avait été renvoyée une première fois le 30 avril dernier, alimentant les craintes de ceux qui redoutaient un nouveau report. Cette fois, le dossier semble prêt à être examiné au fond.
Les faits reprochés à ce religieux sont d'une gravité exceptionnelle. Vingt-huit jeunes filles auraient été victimes d'agressions sexuelles dans le cadre d'un rapport d'autorité lié à l'enseignement coranique. Ce contexte particulier aggrave la dimension du dossier : la relation entre un maître et ses élèves repose traditionnellement sur une confiance absolue, ce qui rend toute dénonciation difficile et toute violence doublement traumatisante.
Au Sénégal, la question des abus dans les daara, ces écoles coraniques où de nombreux enfants sont confiés à des maîtres parfois sans contrôle familial ni institutionnel, est un sujet sensible depuis plusieurs années. Des associations de protection de l'enfance réclament depuis longtemps une réforme en profondeur du cadre juridique encadrant ces établissements. Ce procès s'inscrit dans ce débat plus large sur la protection des mineurs face à des figures d'autorité religieuse.
À l'échelle du continent africain, les affaires de violences sexuelles commises au sein d'institutions éducatives ou religieuses ont souvent du mal à franchir les portes des tribunaux. Les victimes font face à la pression sociale, à la honte imposée par leur entourage et parfois à l'hostilité des communautés qui protègent leurs leaders spirituels. Que ce procès se tienne en audience spéciale constitue en soi un signal fort envoyé par la justice sénégalaise.
La société civile et les organisations de défense des droits humains suivent de près chaque étape de cette procédure. Pour elles, au-delà du verdict, c'est la capacité de l'institution judiciaire à traiter ce type d'affaires avec rigueur et célérité qui est mise à l'épreuve.
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