Dialogue national : et si Diomaye commençait par les anciens présidents ?
Le chef de l'État a lancé jeudi une série d'audiences avec d'anciens Premiers ministres dans le cadre de son nouveau format de dialogue national. Une initiative saluée, mais qui appelle déjà des réserves sur ses priorités.

Bassirou Diomaye Faye a ouvert le jeudi 21 mai 2026 un cycle de concertations en recevant plusieurs anciens chefs de gouvernement. Cette démarche s'inscrit dans une volonté affichée de renouer les fils du dialogue politique au Sénégal, dans un contexte marqué par des tensions persistantes depuis l'alternance de mars 2024. Le président entend visiblement élargir la base de ce processus au-delà de son propre camp.
Cette initiative n'a pas tardé à susciter des réactions. Ansoumana Dione, président fondateur d'une association de la société civile, estime que la démarche, aussi louable soit-elle, souffre d'un défaut de hiérarchie. Selon lui, avant de s'entretenir avec les anciens Premiers ministres, le président de la République devrait d'abord solliciter les anciens chefs d'État. Une logique protocolaire, certes, mais aussi et surtout politique : associer Abdoulaye Wade et Macky Sall à ce processus conférerait au dialogue une légitimité historique difficile à contester.
L'argument n'est pas sans fondement. Au Sénégal, les anciens présidents continuent de peser sur la vie politique bien au-delà de leur mandat. Abdoulaye Wade, figure tutélaire du Parti démocratique sénégalais, reste une référence pour une frange importante de l'opposition. Macky Sall, dont la rupture avec son ancien Premier ministre Ousmane Sonko a en partie alimenté la crise politique récente, conserve lui aussi une influence réelle. Ignorer ces acteurs dans un dialogue qui se veut national risquerait d'en limiter la portée.
La question du format du dialogue national est récurrente en Afrique de l'Ouest. Du Bénin au Mali, en passant par la Guinée, les processus de concertation nationale ont souvent buttré sur la question de leur représentativité. L'inclusion ou l'exclusion de certains acteurs majeurs conditionne fréquemment leur crédibilité et leurs résultats. Le Sénégal, longtemps présenté comme un modèle de stabilité démocratique sur le continent, est observé de près à chaque tournant politique.
Pour l'heure, la Présidence n'a pas réagi publiquement à la suggestion d'Ansoumana Dione. Le calendrier des rencontres et la liste complète des personnalités qui seront conviées restent à préciser. C'est précisément cette opacité sur le périmètre du dialogue qui nourrit les interrogations de la société civile.
La suite du processus dira si le chef de l'État choisit d'élargir le cercle de ses interlocuteurs aux figures les plus symboliques de l'histoire politique sénégalaise, ou s'il entend conduire ce dialogue selon ses propres termes.
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