Au Mozambique, le patronat exige une refonte totale de la politique énergétique
La balle est désormais dans le camp du gouvernement mozambicain, dont la réponse au plan patronal dira beaucoup sur sa capacité à tirer les leçons d'une crise qui a mis à nu les limites d'un modèle énergétique à bout de souffle.

Paralysé pendant plusieurs semaines par une pénurie de carburant, le Mozambique est rattrapé par les conséquences de sa dépendance aux importations. Le secteur privé entend profiter de la crise pour pousser le gouvernement à revoir en profondeur sa stratégie énergétique.
La crise n'a pas seulement vidé les stations-service mozambicaines ; elle a surtout révélé une fragilité structurelle que les acteurs économiques du pays ne peuvent plus ignorer. Confrontées à des ruptures d'approvisionnement à répétition, les entreprises ont vu leur activité ralentir, leurs coûts exploser et leur compétitivité s'éroder. Face à cette situation, le patronat a pris les devants en soumettant au gouvernement un plan destiné à réformer la politique énergétique nationale.
Le Mozambique est pourtant loin d'être un pays dépourvu de ressources. Le pays figure parmi les États africains disposant de réserves significatives en gaz naturel, notamment dans le bassin de Rovuma, dans le nord du pays. Mais l'exploitation de ces richesses du sous-sol tarde à se traduire en bénéfices concrets pour l'économie locale, tandis que le pays continue d'importer l'essentiel de ses carburants. Ce paradoxe, commun à plusieurs nations africaines productrices d'hydrocarbures, alimente depuis des années un débat sur la transformation locale des ressources.
La situation mozambicaine fait écho à des réalités bien connues sur le continent. Du Nigeria au Cameroun, en passant par l'Angola, de nombreux pays africains riches en pétrole ou en gaz continuent de souffrir de pénuries récurrentes, faute d'infrastructures de raffinage suffisantes et de politiques énergétiques cohérentes. Le Sénégal, qui s'apprête à monter en puissance dans la production pétrolière et gazière avec les champs de Sangomar et de Grand-Tortue Ahmeyim, devrait méditer cet exemple. La tentation de l'exportation brute, au détriment de la transformation locale, demeure un risque réel.
Pour le patronat mozambicain, l'urgence est double : sécuriser l'approvisionnement à court terme et bâtir, sur le long terme, une architecture énergétique moins exposée aux aléas des marchés internationaux. Un tel chantier suppose des investissements importants dans les infrastructures, mais aussi une volonté politique claire et une coordination entre l'État et le secteur privé. Ce type de partenariat public-privé autour de l'énergie reste encore difficile à construire dans de nombreux pays africains, où les intérêts divergent souvent au moment de passer des discours aux actes.
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