Au Maroc, le mouton de l'Aïd devient un luxe hors de portée
À l'approche de l'Aïd el-Kébir, les prix du mouton atteignent des niveaux records au Maroc, suscitant une vive polémique entre la presse, les élus et le gouvernement.

La tension est palpable dans les marchés marocains. Selon plusieurs journaux locaux et des représentants élus, le prix du mouton n'a jamais été aussi élevé à la veille de la fête du sacrifice. Ce qui aggrave la controverse, c'est que le gouvernement aurait subventionné des importations de bétail pour faire baisser les prix, sans que cette mesure se répercute concrètement sur les étals. Des élus accusent ouvertement les autorités de défaillance dans le contrôle de la chaîne de distribution.
L'Aïd el-Kébir est sans doute la fête la plus coûteuse du calendrier musulman. Dans presque tous les pays à majorité islamique, elle impose aux familles l'achat d'un mouton, dépense qui peut représenter plusieurs semaines de salaire pour les ménages modestes. Au Maroc, où le rituel est profondément ancré dans les pratiques sociales et familiales, renoncer au sacrifice est vécu comme un affront à la dignité. La pression sociale s'ajoute donc à la pression économique.
La flambée des prix du bétail n'est pas un phénomène isolé. Elle touche l'ensemble du continent africain, sous l'effet combiné des sécheresses répétées, de la hausse des coûts de l'alimentation animale et des perturbations des circuits d'approvisionnement. Au Sénégal, la situation est comparable : chaque année, à l'approche de la Tabaski, les prix des moutons grimpent fortement, alimentant les mêmes débats sur l'accessibilité de la fête pour les couches populaires. Des initiatives publiques et privées tentent régulièrement d'apporter une réponse, avec des résultats variables.
Ce que révèle l'affaire marocaine, c'est moins la cherté du mouton en elle-même que l'échec des politiques de régulation. Subventionner les importations sans encadrer les marges des intermédiaires revient à injecter de l'argent public dans une chaîne dont les bénéfices ne descendent pas jusqu'au consommateur. C'est une leçon que de nombreux gouvernements africains peinent encore à intégrer, préférant les annonces d'avant-fête aux mécanismes de contrôle durables.
La question posée au Maroc dépasse les frontières du royaume : comment garantir que les fêtes religieuses ne se transforment pas en révélateurs des inégalités économiques ? À quelques semaines de l'Aïd, les réponses tardent, et les familles, elles, font leurs calculs.
Les prochaines semaines diront si la pression populaire et médiatique pousse le gouvernement marocain à des mesures plus efficaces, ou si, comme souvent, la polémique s'éteint une fois la fête passée.
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