A Madagascar, la junte renforce son contrôle sur les minerais stratégiques comme les terres rares
# Madagascar nationalise ses minerais : la junte chasse les investisseurs étrangers

La grande île de l'océan Indien est assise sur un trésor géologique que son gouvernement militaire entend désormais contrôler d'une main ferme. Mais la décision du géant japonais Sumitomo de plier bagage illustre les risques d'une telle stratégie.
Le gouvernement de transition malgache a franchi un cap décisif dans sa volonté de reprendre la main sur les ressources minières du pays, notamment les terres rares, ces minéraux devenus indispensables à la fabrication des batteries électriques, des smartphones et des équipements de défense. Dans un contexte mondial de course aux matières premières stratégiques, Madagascar qui dispose de gisements considérables entend peser davantage dans ce secteur pour relancer une économie en berne depuis des années de turbulences politiques.
Cette décision intervient dans un contexte historique particulier. Madagascar a traversé plusieurs crises institutionnelles majeures, dont un coup d'État en 2009 qui avait déjà conduit à des années d'instabilité et d'isolement diplomatique. Le régime actuel, issu d'une prise de pouvoir militaire, cherche à asseoir sa légitimité en partie sur une rhétorique souverainiste autour des ressources naturelles , une posture de plus en plus courante sur le continent africain, du Mali au Niger en passant par la Guinée.
Pourtant, la stratégie affiche déjà ses premières fissures. Le 1er mai, la société japonaise Sumitomo a annoncé son retrait du pays, un signal d'alarme pour les investisseurs étrangers qui observent de près l'évolution du cadre réglementaire et sécuritaire. Sans partenaires industriels capables d'apporter les financements et les technologies nécessaires à l'exploitation de ces gisements, la maîtrise nationale des ressources risque de rester théorique. L'histoire africaine regorge d'exemples où le contrôle étatique proclamé n'a pas suffi à transformer les richesses du sous-sol en développement réel pour les populations.
Pour le reste du continent, et pour le Sénégal en particulier, l'épisode malgache est riche d'enseignements. Dakar, qui entre dans une nouvelle ère pétrolière et gazière avec les champs de Sangomar et de Grand Tortue Ahmeyim, doit trouver ce même équilibre difficile entre souveraineté nationale sur les ressources et attractivité pour les capitaux et l'expertise étrangers. La tentation du tout-contrôle étatique, si elle répond à une aspiration légitime des peuples, peut se retourner contre les intérêts qu'elle prétend défendre, en précipitant la fuite des opérateurs capables d'exploiter concrètement ces ressources.
La question des terres rares ajoute une dimension géopolitique supplémentaire. Ces minerais sont au cœur d'une rivalité intense entre les grandes puissances : États-Unis, Chine, Europe , qui cherchent toutes à sécuriser leurs approvisionnements face à la domination actuelle de Pékin sur leur transformation. Madagascar pourrait théoriquement tirer parti de cette compétition pour négocier des partenariats plus favorables. Mais cette fenêtre d'opportunité se referme rapidement lorsque l'environnement des affaires se dégrade et que les signaux envoyés aux investisseurs deviennent négatifs [évolution de la situation à confirmer au fil des prochains mois].
La trajectoire de Madagascar dans les semaines à venir dira si la junte est capable de conjuguer ambition souverainiste et pragmatisme économique un équilibre que de nombreux pays africains cherchent encore à trouver.
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